Incendies
Non, n’appelez pas les pompiers, c’est juste le titre du dernier film que j’ai eu le plaisir de regarder. C’est en effet une pièce de Théâtre du dramaturge Wajdi Mouawad adaptée par la suite au cinéma par Denis Villeneuve.
Le film frappe fort dès ses premiers instants; en entrée, des scènes lentes et lourdes qui s’empilent en capharnaüm avec un leitmotiv récurrent à travers les œuvres de Mouawad; “L’enfance est un couteau planté dans la gorge. On ne le retire pas facilement.“
Aussi étrange que cela puisse paraître, juste après l’avoir entendue, et durant tout le film, j’ai eu du mal à avaler ma salive.
Le film se déroule après la mort de Nawal Marwan, ou “la femme qui chante” comme elle est appelée, laissant un testament pour ses enfants, ces deux derniers, Jeanne et son frère (qui ressemble d’ailleurs à un jeune Josh Homme de QOTSA ), devaient avec l’aide de leur notaire, partir sur les traces de leur mère afin d’exhumer un secret posthume et pas un des plus jovials.
les chapitres semblent s’emboîter dans une logique séquentielle, mettant en scène tantôt le voyage des jumeaux, tantôt, le périple de Nawal mené quelques années auparavant dans un effet Sépia qui rappelle les années 70 dans un pays rongé par une guerre civile , le tout séparé par des interludes de silence qui s’étendent sur des kilomètres d’asphalte ou des secondes noyées dans une piscine assourdissante.
Le défi était en effet de relater la vie de Nawal, dans un lapse de temps assez court pouvoir y ajouter celle de ses enfants dans un enchaînement de scènes brisées, qui se saccadaient sans filet ni harnais, devant mes paupières sublimées, qui refusaient de cligner sous peine de rater un paysage érodé ou un visage élimé.
Si j’avais à décrire le caractère du film, je dirais qu’il ressemble à l’esprit de Persépolis, mais moins sarcastique et plus sérieux, qui associe avec habilité la lassitude lugubre de Biutiful, le sentiment claustrophobe de Old Boy et des chansons de Radiohead éparpillées par ci et par là (ça n’a aucun sens? oui je sais mais bon vous le saurez en temps voulu)
La progression est angoissante, Incendies se dénude lentement et n’a pas honte de montrer ses crocs et ses blessures, dans une ambiance sordide où l’on se sent à la fois spectateur troublé et complice muet des atrocités commises et où le cœur cesse de battre et les yeux ne font que contempler et admirer une existence abandonnée à sa perdition, déchirée entre l’amour et la torture.
Incendies est vif en émotions, dévastateur et irréversible où Lubna Azabal a brillé en incarnant “la femme qui chante” ou “la prisonnière numéro 62“, illustrant une lutte farouche et implacable face au destin, perpétuelle comme un brasier qui dévore de l’acier. La lumière est sans cesse accentuée sur les valeurs humaines et les connotations de “victime” et de “bourreau”.
Je veux laisser les idées brèves, cagoulées et à moitié ligotées, mais pour ceux qui ne l’ont pas encore regardé, je le recommande vivement. Incendies est un drame embrasé, amer et à la fois limpide et bien dosé, Incendies, brûle d’émotions, consumé par les hécatombes , comme du miel sur une peau écorchée.
Posted on September 17, 2011, in Movies and tagged Drame, Incendies. Bookmark the permalink. Leave a Comment.





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